La Vie Aquatique
Par Guimauve, mercredi 8 août 2007 à 01:02 :: Cinéma :: #109 :: rss

L'été est propice aux découvertes et aux sorties en catimini. J'attendais avec impatience de voir la "naissance des pieuvres" de Céline Sciamma, présenté à Cannes cette année dans la section "un certain regard". D'abord parce que les échos étaient très favorables, ensuite parce qu'Adèle Haenel qui m'avait impressionné dans le magnifique "les diables" de Christophe Ruggia figurait au générique. Je n'ai pas été déçu, c'est un pur bijou d'émotion, de retenue, de pudeur, de vérité et de sincérité que nous propose (et c'est rare) cette ancienne de la FEMIS. Et pourtant le sujet est bien rebattu, raconter ce bref moment, si intime, si unique et propre à chacun qu'est l'éveil du désir, de sentiments inconnus, de ces sensations étranges qui vous vrillent le ventre quand on aime pour la première fois. La réalisatrice évite tous les écueils avec une métaphore aquatique et sportive puisque ses prémices d'adolescents évoluent dans le milieu exclusivement féminin de la natation synchronisée, où le paraitre éclate en surface pendant que le physique mouline sous l'eau.
Ces jeunes filles ont sans doute des trajectoires différentes, Marie rêve de corps athlétique et d'intégrer une équipe, Anne, boulote malicieuse voudrait séduire un des joueurs de l'équipe de water-polo et enfin Floriane, vampe et sirène souhaite perdre sa virginité. Mais toutes sont engluées dans ces instants éphémères si cruels et si intenses que sont les chamboulements intérieurs de l'adolescence et qui rendent les ados si lunatiques. Les jeunes actrices sont lumineuses, chacune dévoile petit à petit l'enfermement que sont les corps encore patauds, de la naïade que les "autres" croient fille facile, de l'aspirante nageuse qui répète dans sa baignoire, avide de formes plus généreuses, à la jeune fille trop ronde pour espérer - pense t-elle - séduire. En voyant le film, on pense bien sûr tout de suite à l'Effronté de Claude Miller d'abord par la troublante ressemblance de la jeune Pauline Acquart, casté sauvagement au jardin du Luxembourg avec Charlotte Gainsboug. Le sujet du film est très voisin, la fascination pour quelqu'un qui sort de l'ordinaire, mais va plus loin en montrant avec beaucoup de pudeur l'amour naissant et obsédant d'une jeune fille pour une autre. On pense encore à Douches Froides pour le sport et le trio mais aussi au Virgin Suicides de Sofia Coppola pour l'utilisation de la musique électronique mais ici l'univers est exclusivement féminin, les adultes sont absents et les garçons des faire valoir. Le récit de Coppola et de Jeffrey Eugenides était le point de vue du mâle macho et puéril qui ne comprenait d'ailleurs pas la raison du suicide des belles qu'il convoitait dans une Amérique des années 60. Ici, le talent de Céline Sciamma est de créer une forme d'intemporalité avec la piscine et l'eau mais aussi en filmant Cergy, ville nouvelle aux décors improbables et très divers, une ville moderne à la campagne où l'eau est très présente. La musique électro amplifie le côté ouaté et souligne subtilement le maelström qui bouleverse ces corps et ces jeunes âmes. Les tentacules de ces trois pieuvres s'ébattent, s'effleurent, pour naitre à une nouvelle vie, trois coeurs battent la chamade des premiers émois comme les trois coeurs que possède cet étonnant animal. Le film n'est pas bavard comme beaucoup de films sur le sujet (voir "et toi t'es sur qui" de Lola Doillon), son économie de dialogue et de plans, sa lumière vous hypnotise jusqu'à la dernière image ! Un film à la fois réaliste et poétique, âpre et sensible, un bonheur de cinéma, courrez le voir et vous ne verrez plus jamais les plafonds de la même façon 

Ici une interview de Céline Sciamma.
Quelques critiques : Rue89, Le Monde, Libération, Télérama, Studio, le Journal du Dimanche
Le myspace du film : Ici
Une petite vignette radiophonique :

La Bande Annonce :
Les pieuvres à Cannes
Ces jeunes filles ont sans doute des trajectoires différentes, Marie rêve de corps athlétique et d'intégrer une équipe, Anne, boulote malicieuse voudrait séduire un des joueurs de l'équipe de water-polo et enfin Floriane, vampe et sirène souhaite perdre sa virginité. Mais toutes sont engluées dans ces instants éphémères si cruels et si intenses que sont les chamboulements intérieurs de l'adolescence et qui rendent les ados si lunatiques. Les jeunes actrices sont lumineuses, chacune dévoile petit à petit l'enfermement que sont les corps encore patauds, de la naïade que les "autres" croient fille facile, de l'aspirante nageuse qui répète dans sa baignoire, avide de formes plus généreuses, à la jeune fille trop ronde pour espérer - pense t-elle - séduire. En voyant le film, on pense bien sûr tout de suite à l'Effronté de Claude Miller d'abord par la troublante ressemblance de la jeune Pauline Acquart, casté sauvagement au jardin du Luxembourg avec Charlotte Gainsboug. Le sujet du film est très voisin, la fascination pour quelqu'un qui sort de l'ordinaire, mais va plus loin en montrant avec beaucoup de pudeur l'amour naissant et obsédant d'une jeune fille pour une autre. On pense encore à Douches Froides pour le sport et le trio mais aussi au Virgin Suicides de Sofia Coppola pour l'utilisation de la musique électronique mais ici l'univers est exclusivement féminin, les adultes sont absents et les garçons des faire valoir. Le récit de Coppola et de Jeffrey Eugenides était le point de vue du mâle macho et puéril qui ne comprenait d'ailleurs pas la raison du suicide des belles qu'il convoitait dans une Amérique des années 60. Ici, le talent de Céline Sciamma est de créer une forme d'intemporalité avec la piscine et l'eau mais aussi en filmant Cergy, ville nouvelle aux décors improbables et très divers, une ville moderne à la campagne où l'eau est très présente. La musique électro amplifie le côté ouaté et souligne subtilement le maelström qui bouleverse ces corps et ces jeunes âmes. Les tentacules de ces trois pieuvres s'ébattent, s'effleurent, pour naitre à une nouvelle vie, trois coeurs battent la chamade des premiers émois comme les trois coeurs que possède cet étonnant animal. Le film n'est pas bavard comme beaucoup de films sur le sujet (voir "et toi t'es sur qui" de Lola Doillon), son économie de dialogue et de plans, sa lumière vous hypnotise jusqu'à la dernière image ! Un film à la fois réaliste et poétique, âpre et sensible, un bonheur de cinéma, courrez le voir et vous ne verrez plus jamais les plafonds de la même façon 

Ici une interview de Céline Sciamma.
Quelques critiques : Rue89, Le Monde, Libération, Télérama, Studio, le Journal du Dimanche
Le myspace du film : Ici
Une petite vignette radiophonique :

La Bande Annonce :
Les pieuvres à Cannes


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